Cher.e.s ami.e.s,

J’espère que vous allez bien. Voici quelques nouvelles du Refuge en cette fin du mois d’août.

Le moulin

Les travaux se poursuivent, notamment pour mettre en sécurité les bâtiments. Pour la première fois cet été, si l’on en croit la mémoire villageoise, le bief du moulin s’est trouvé à sec. Comme les murs de soutènement étaient très abimés par l’érosion (à l’origine sans doute des infiltrations constatées cet hiver dans le moulin), nous en avons profité pour les remonter entièrement. Louis G., le jeune maçon spécialiste du bâti ancien qui était déjà intervenu pour les enduits à la chaux, a dirigé le chantier une semaine durant.

L’observation du terrain, la consultation des anciens plans cadastraux piquent la curiosité. Le moulin a été construit dans la première moitié du XVIIe siècle, mais à l’époque il n’y avait pas de cours d’eau qui passait devant les bâtiments. Un petit ruisseau courait simplement à cinq cents mètres environ. L’idée de bâtir un moulin à eau a donc précédé l’eau! En amont, un canal d’amenée de plus d’un kilomètre de long a été creusé puis surélevé pour créer une importante retenue et une chute de plus de quatre mètres de haut ; le cours d’eau originel a été, lui, détourné de plusieurs centaines de mètres pour, en aval, créer le canal de fuite, où tournait la roue. Un canal de décharge, pour réguler le débit du bief, a également été creusé ; il rejoint le cours naturel du ruisseau après cinq cents mètres. Ces travaux hydrauliques ont nécessairement requis d’importants moyens humains et financiers. Au XVIIe siècle, les moulins constituaient d’importantes sources de revenu, mais là l’investissement a du être très conséquent. Qui fut donc cet entrepreneur audacieux ?

Le mur du bief

Le temple des Mille mains

Notre ami Jocelyn Mayaud, cofondateur du Refuge, nous a offert une très belle statue de Senju kannon, le bodhisattva Avalokiteshvara dans sa forme extraordinaire à mille mains. La statue, d’origine japonaise, est sculptée en bois et date du XIXe siècle. Durant toutes les années passées, nous nous sommes placés sous la protection de Senju Kannon qui incarne, pour tous les disciples du Bouddha, l’amour et la compassion infinies. Avec ses mille mains, il secourt de mille et mille manières tous les êtres qui souffrent et peinent, jusqu’aux plus petites bêtes. J’ai donné à toutes les personnes qui ont pris les préceptes du Bouddha un nom bouddhiste comprenant le terme «main» (shu/ju en japonais). Avec leurs différences propres, ils forment toutes et tous un corps et mille mains. Agissant ensemble, ils se soutiennent mutuellement dans leur pratique.

Nous avons fondé une association pour prendre en charge tous les travaux de restauration et de rénovation qui porte le nom de Le Refuge du Plessis. Avec cette dénomination, nous nous inscrivons dans un terroir et dans une histoire. Le Refuge évoque la prise de refuge dans le Bouddha, le dharma (ses enseignements) et le sangha (sa communauté) ; ce terme dit également notre souci que ce lieu devienne un refuge pour tous les êtres aux temps actuels de l’effondrement. Mais si nous voulons donner un nom plus traditionnel, un seul nom s’impose évidemment : Senju’in, «le temple des Mille mains». Senju, «les mille mains», car ce Refuge est ce lieu où nous pourrons incarner ce corps unique et ces mille mains d’amour et de compassion. La statue nous le rappellera jour après jour. Dans le contexte de l’école zen Sôtô, in (traduit faute de mieux par «temple») est un suffixe d’humilité ; tous les temples de notre lignée porte ce suffixe, qu’il s’agisse de Daitô’in, Tôkei’in, Shinjû’in, pour les plus importants. C’est aussi une façon de se relier à eux. Par ailleurs, in, désigne au sens propre un espace clôturé, ce qui correspond assez bien à l’ancien français «plessis», un lieu clos de bois tressé. Senju’in est le nom que tous les bodhisattvas reconnaîtront ; le Refuge est leur maison.

L’écopâturage

Depuis le 17 juillet dernier, trois moutons d’Ouessant, répondant aux jolis noms d’Idem, Margotte et Iroise ont pris leurs quartiers au Refuge. Ils ont vite adopté leur cabane et broutent à grandes dents les pâtures. Chaque mouton a son caractère. Le mâle, Idem, est superbe, avec ses longues cornes enroulées et sa toison marron. Il avance lentement, placide, observateur et ne se laisse pas compter. Margotte, reconnaissable à sa touffe de poils blanches sur la tête, est l’intrépide du trio. Deux jours suffirent pour qu’elle découvre comment actionner le loquet du portail. Vite, elle s’échappait pour explorer les alentours. L’herbe est toujours plus verte ailleurs, dit-on! Iroise, les dents en avant, est la plus sociable et apprécie le contact humain. La race est rustique. Il leur suffit d’un abri même sommaire, et d’un terrain. Deux vermifugations, une tonte par an, c’est tout!

moutons d'Ouessant

Les cultures

La butte de permaculture plantée en avril dernier a donné des résultats décevants. Seuls les pois ont poussés. Un déficit d’azote paraît responsable de ce problème. Depuis la récolte des pois, nous avons planté des courgettes et des carottes (semences Kokopelli évidemment). Les courgettes sont maintenant en pleine production. D’ici quelques jours, nous pourrons également récolter des pommes de terre, 25 kg de la variété Laurette plantés le 1er mai dernier. Quelques fruitiers, pommiers, poiriers, cognassiers, donneront cette année une belle récolte.

Polir la tuile

Notre campagne de financement spécifique pour la réfection des toits a permis de récolter 1.175 euros à ce jour. Je remercie toutes les personnes qui nous ont déjà soutenues. Vous pouvez continuer à nous aider par un don de 25, 50, 75 ou 150 euros car nos besoins sont de 19.400 euros au total pour les trois portions de toit à reprendre entièrement dans les mois à venir. Un don de 150 euros nous permet de financer un mètre carré de tuiles posées (prix moyen, charpente incluse). Voyez notre page explicative sur le site de financement participatif HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/le-refuge-du-plessis/collectes/polir-la-tuile

Les retraites

Je vous rappelle les dates des prochaines retraites de sept jours :

– du 22 au 28 septembre 2019, une retraite de couture (fukudenkai) selon l’emploi du temps proposé par les maîtres zen Sawaki Kôdô et Sakai Tokugen. Les enseignements seront pratiques, nous apprendrons la couture d’un kesa, et théoriques.
– du 20 au 27 octobre 2019, une retraite de méditation (sesshin) : huit heures de méditation par jour et des enseignements.
– du 1er au 8 décembre 2019, la grande retraite de l’éveil (rohatsu sesshin, littéralement «la retraite du 8 décembre»).

Le 8 décembre est la date la plus importante de la tradition zen. Le Bouddha s’est en effet éveillé au petit matin d’un 8 décembre (plus exactement le 8 du 12e mois selon l’ancien calendrier chinois) après sept jours de méditation ininterrompue. Cette retraite a comme particularité de se dérouler dans le silence complet et de rien rajouter à la méditation qui est pratiquée tout au long du jour et parfois de la nuit. Il n’y a donc ni enseignement, ni rituel, ni bâton. On sonne une première fois la méditation au début de la retraite et on resonne la fin de la méditation sept jours après. On considère en effet qu’il n’y a qu’une seule méditation qui dure sept jours et sept nuits.
À la Maison du dharma, au Mans, nous avons pu proposer cette retraite plusieurs années de suite. Au Refuge, il est naturel que nous retrouvions toutes et tous pour cette retraite, dans l’union d’un seul corps et de mille mains.

Je réside au Refuge habituellement du mercredi au dimanche. L’emploi du temps est celui des temples zen.

Je reste à votre disposition pour tout éclaircissement. Prenez soin de vous.

Les mains jointes,
Jiun (Éric Rommeluère)